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Histoire de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS)

La solidarité, valeur cardinale de l'ESS

La solidarité, valeur cardinale de l’ESS

  • Depuis 1970

La solidarité relève d’une démarche humaniste avec la conscience d’appartenir à une même communauté d’intérêt dont le devenir est lié. Un lien dont le fondement est la réciprocité entre les membres du collectif dont chacun détient une part de responsabilité sur l’avenir de tous.

Avant-propos et positionnement Macif

Définir ou résumer la notion de solidarité reste un exercice délicat, le piège serait d’en caricaturer ses traits. Bien souvent, elle est assimilée à des notions éloignées de ce qu’elle porte réellement. En effet, il s’agit de distinguer la solidarité de l’altruisme, de la générosité ou de la charité qui conduisent à aider son prochain, par engagement moral, sans réciprocité et sur le court terme.
Le projet de la Macif s’est bâti sur ce socle : se protéger mutuellement contre les risques en recherchant le juste prix. Dès sa création, elle se range aux côtés des assureurs mutualistes et affirme que son projet n’est pas purement financier. Elle place ainsi comme l’une de ses valeurs cardinales la solidarité au cœur de son métier d’assureur et plus largement dans ses actions.

Solidarité, que signifie vraiment ce mot ?

Le mot solidarité a besoin d’être défini parce qu’il est bien souvent utilisé à tout propos et même hors de propos. Le mot est de date relativement récente bien que des actions solidaires soient signalées dès l’Antiquité.

Un éclairage par l’étymologie

Les dictionnaires étymologiques énoncent qu’à l’origine de « solidarité », le premier mot serait sou, découlant de la racine indo-européenne sal-, sol- qui signifie « entier, massif ». De cette racine, vont apparaître : le sou, c’est-à-dire le sol, de solidus (issu de nummus solidus, monnaie d’or, donc du solide) ; soudoyer ; solde, donc soldat ; solide, et solidarité. Mais aussi : sauf (comme dans sain et sauf), sauvegarder, saluer, salubrité, et même souci et solliciter.

Charles Gide, dans son cours sur la solidarité, date l’introduction du mot dans la langue française à 1804 par les rédacteurs du Code civil. 

Le mot revêt alors le sens juridique de « commun à plusieurs », chacun répondant du tout. Ces rédacteurs tenaient ce sens des jurisconsultes romains. Ces derniers ne disaient pas « solidarité » mais « in solidum » : « Les créanciers peuvent agir in solidum, chacun pour tous et les débiteurs peuvent être tenus in solidum, un pour tous ».

La définition de 1804 est toujours celle du droit civil français, chapitre des Obligations avec l’énumération des divers cas de solidarité entre créanciers et entre débiteurs. Lorsque la solidarité est retenue, notamment pour des créances, chacun des membres du groupe est engagé en termes de dette et de responsabilité, pour la totalité.

Ce « chacun pour tous, un pour tous » dérivera naturellement vers la notion actuelle de solidarité.

Un éclairage par des théoriciens

Charles Gide, sur les traces d’Auguste Comte, est l’un des premiers à mettre la solidarité en évidence en développant les idées de coopération émancipatrice à partir de 1886. Il entrevoit que la solidarité n’est pas qu’un fait, elle peut être le fondement d’une doctrine. Charles Gide découvre dans cette interdépendance des hommes entre eux, ou des hommes avec leurs ancêtres et leurs descendants, ou des hommes avec le milieu social, la base du système économique qu’il échafaude. Nous sommes alors en 1889, le solidarisme est né.
Le solidarisme de Charles Gide est celui de la coopération, il s’appuie sur l’association volontaire. Il apparaît dès lors comme le théoricien de l’économie sociale plaidant pour la coopération choisie et non subie entre les hommes.

Léon Bourgeois, dans son ouvrage Solidarité, publié pour la première fois en 1896, présente la solidarité comme le principe central de sa doctrine ; un solidarisme qui repose sur l’idée de « dette sociale ». Pour lui, les hommes sont interdépendants et ont tous une dette envers la société qui leur a permis de s’épanouir. Dans le solidarisme de Léon Bourgeois, l’État est au centre du dispositif solidaire puisque son rôle est de construire de la justice sociale en corrigeant les inégalités entre citoyens. Les sciences sociales apportent également un éclairage sur le concept de solidarité.

Émile Durkheim, dans son livre La division du travail social (1893), développe la notion de solidarité sociale en tant que lien moral entre individus d’un groupe ou d’une communauté. Selon Durkheim, pour qu’une société existe, il faut que ses membres éprouvent de la solidarité les uns envers les autres. Il décrit une évolution de la solidarité : dans les sociétés traditionnelles passées, la solidarité reposait sur la proximité, la ressemblance et le partage d’une histoire et de valeurs communes aux communautés humaines.

Puis, dans nos sociétés modernes et industrielles, cette solidarité est devenue organique par l’interdépendance due à la spécialisation du travail et des complémentarités entre personnes. Par exemple, sans le fermier il n’y a pas de boulanger ni de supermarché, sans le supermarché ou le boulanger, la nourriture du fermier n’arrive pas à la population qui en a besoin, etc.
Ces approches révèlent que la solidarité tisse un lien entre les individus ou les groupes interdépendants au départ et entre des situations vécues par ces individus ou ces groupes. Elle pousse les hommes à s’accorder une aide mutuelle, dans la conscience du fait que l’aide ou l’attention apportée à l’autre à un moment pourra être reçue de ce dernier ultérieurement.

Un éclairage par la définition

Le dictionnaire dit : « relation entre personnes ayant conscience d’une communauté d’intérêts, qui entraîne, pour les unes, l’obligation morale de ne pas desservir les autres et de leur porter assistance ». Et les synonymies sont les suivantes : cohésion, association, entraide, mutualité, camaraderie, fraternité.
La solidarité est une réciprocité d’aide et d’assistance ou de collaboration qui existe entre les personnes d’un groupe ou d’une communauté du fait du lien qui les unit. En cela elle diffère de la générosité ou de la charité qui, elles, sont à sens unique et souvent dirigées vers le plus pauvre, sans résoudre en rien les problèmes structurels.

Des théoriciens aux praticiens et… inversement

Le solidarisme, une doctrine pour la mutualité

Le mutualisme s’est incarné, sous de multiples formes, autour de valeurs d’entraide et en réponse à des risques sociaux. Les expériences solidaires ont devancé la théorie, contrairement au monde de la coopération qui a produit des réflexions.

Léon Bourgeois, inspiré par les pratiques observées dans les sociétés de secours mutuels et dans les coopératives, fournit un travail de conceptualisation des valeurs mutualistes et le solidarisme devient, au tournant du XXe siècle, la doctrine de référence pour l’économie sociale.

Les mutuelles d’assurance

Le bassin niortais, terre de coopératives depuis le XIXème siècle puis de mutualité agricole, est un territoire favorable à la création des mutuelles d’assurances. Ces dernières naissent dans l’entre-deux-guerres pour se soustraire aux tarifs prohibitifs des assureurs traditionnels. 
Elles reposent sur des valeurs et principes : la double qualité d’assureur et d’assuré, la gestion démocratique, le but non lucratif et la solidarité. La réussite de la Mutuelle assurance automobile des instituteurs de France (Maaif), créée en 1934 dans le Niortais par des instituteurs, ouvre la voie à d’autres créations. En 1950, c’est la Mutuelle assurance automobile des artisans de France (Maaaf) qui bénéficiera de son soutien pour s’implanter.

Lorsque des commerçants et des petits industriels ont eux aussi, en 1958, le projet de créer leur propre mutuelle d’assurance, ils seront à leur tour soutenus par ces deux mutuelles. L’entraide mutualiste contribue à concrétiser l’initiative par la création, en 1960, de la Macif. Comme toute mutuelle, la Macif puise sa force dans le nombre de ses adhérents. En consolidant sa croissance, elle développe et renforce ses réponses assurantielles, la solidarité entre ses membres, vers ses partenaires et plus largement vers la société.

La création de compte est possible uniquement pour les élus et salariés Macif (actuels et anciens).