Entre les deux guerres, les organisations mutualistes sont à l’avant-garde de la démocratisation de l’accès aux soins. De simples travailleurs ont désormais la possibilité de recevoir des soins de qualité, autrefois réservés aux privilégiés.
Des soins accessibles à tous grâce à la mutualité
La première clinique chirurgicale mutualiste de France est créée à Montpellier en 1910.
La principale innovation des cliniques mutualistes réside dans la mise en œuvre d’une pratique médicale de groupe et interdisciplinaire, avec des médecins salariés. C’est le cas de la clinique mutualiste de Bonneveine, édifiée à Marseille avec les deniers des adhérents et inaugurée en 1927, en présence du président de la République, Gaston Doumergue.

La clinique du Pavillon de la Mutualité est fondée à Bordeaux en 1930. Lorsque les unions départementales n’ont pas les moyens suffisants pour édifier une clinique, elles adoptent le système d’une caisse chirurgicale qui permet aux adhérents de bénéficier d’une prise en charge opératoire et de l’occupation d’un lit dans une autre clinique privée.
Pour faire fonctionner ces réalisations, les organisations mutualistes deviennent créatrices d’emplois salariés, administratifs ou soignants (médecins, infirmières, pharmaciens). La mutualité entre donc dans une nouvelle phase de son évolution, marquée par une technicisation de ses pratiques et un partage des responsabilités entre administrateurs et salariés.
1930 : la mutualité s’adapte aux Assurances sociales
Après la Grande Guerre, l’ampleur des besoins sanitaires et sociaux fait apparaître la nécessité d’une intervention accrue de l’Etat dans le champ de la protection sociale. En outre, il convient d’ouvrir à l’ensemble des départements français la possibilité de bénéficier d’un régime de protection sociale, au même titre que les départements recouvrés d’Alsace-Moselle, bénéficiaires du système d’Assurances sociales mis en place par Bismarck à partir de 1883.
Les Assurances sociales voient le jour en 1930, au terme d’un débat national d’une dizaine d’années. Le processus a été ralenti par l’opposition des médecins libéraux, qui craignent les obligations découlant d’un système public, notamment la fixation du tarif des honoraires par une instance publique.
Ils obtiennent finalement le maintien de leur statut libéral dans le nouveau dispositif, financé par une contribution provenant pour moitié du salarié et pour moitié de l’employeur. Elles prennent en charge les risques traditionnels qui étaient jusqu’alors couverts exclusivement par le mouvement mutualiste : maladie, décès, maternité.
Dans cette nouvelle configuration, les mutuelles, les syndicats et les caisses d’entreprise peuvent devenir caisses d’affinité et les assurés ont la possibilité de s’adresser à la caisse de leur choix. Par ailleurs, chaque département comprend une caisse départementale des assurances sociales. Les mutuelles peuvent donc simultanément faire office de guichet pour les prestations d’assurances sociales et être complémentaires de ces assurances sociales. En participant à la gestion de ce premier régime obligatoire, la mutualité touche un Français sur trois à la veille de la Seconde Guerre mondiale.

Les Assurances sociales constituent la première forme de protection sociale obligatoire sous l’autorité de l’Etat complétée par le système mutualiste, régi par le principe de l’adhésion individuelle et volontaire. Dans le contexte de la crise économique des années 1930, puis durant les années de guerre, ce binôme continue à fonctionner, tempérant les effets sanitaires et sociaux des temps difficiles.

Le premier régime d’assurances sociales ne concerne ni les cadres du secteur privé, ni les fonctionnaires. Parmi ces derniers, certains comme les instituteurs ou les postiers bénéficient déjà d’un réseau mutualiste très serré, qu’ils ont commencé à tisser à la fin du 19e siècle. D’autres s’engagent sur la voie mutualiste pour pouvoir renforcer leur protection sociale.
C’est le cas des fonctionnaires des collectivités locales, qui tiennent le 8 décembre 1933 la première assemblée générale de la Caisse Mutuelle des Personnels des communes (future MNFCT).
Elle fusionne en 1937 avec la Mutuelle des communaux et la Mutuelle unitaire. La nouvelle structure regroupe les personnels de cent communes et établissements publics, devenant ainsi l’une des plus importantes mutuelles de France.
Focus : Solutions mutualistes pour les assurés et les exclus des Assurances sociales
Entre les deux guerres, plusieurs exemples de sociétés mutuelles à destination des exclus des assurances sociales apparaissent.