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Histoire de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS)

Les origines de l'économie sociale et solidaire

Développement et apogée de l’économie sociale à partir de 1900

  • période de 1900 à 1930

Le tournant du XXe siècle coïncide avec une époque de grand bouillonnement pour l’économie sociale, positionnée comme un soutien de l’Etat pour une société plus juste.

L’économie sociale et le camp républicain

À la fin du XIXe siècle, l’économie sociale rejoint progressivement le camp républicain.

Le 16 avril 1871, la Commune promulgue un décret prévoyant la reprise en coopérative des ateliers abandonnés, tandis qu’il faut attendre son premier Congrès à Lyon, en 1883, pour voir la mutualité se républicaniser autour de principes démocratiques et laïques. 

Alors que la doctrine sociale de la IIIe République s’affirme autour du solidarisme, un processus de différenciation fonctionnelle affecte les organisations de l’économie sociale. 

Cela aboutit à : 

  • l’octroi de statuts spécifiques pour l’activité économique (société coopérative et participative en 1915, coopérative de consommation en 1917, par exemple), 
  • la défense des intérêts professionnels (loi de 1884 sur les syndicats), 
  • l’entraide et la solidarité (charte de la mutualité en 1898) ou le contrat d’association (loi de 1901 sur les associations)
Militants de la Mutualité Sociale Ouvrière (vers 1900)
Militants de la Mutualité Sociale Ouvrière (vers 1900)

Cette fragmentation s’explique par le souci de la République de limiter toute concurrence des groupes intermédiaires vis-à-vis de l’expression de la volonté générale. Les mouvements se structurent autour des statuts. La Fédération nationale de la mutualité française est créée en 1902, tandis que la Fédération nationale des coopératives de consommation (FNCC) réunit en 1912 la coopération neutre (Gide) et la coopération socialiste (Jaurès).

La reconnaissance de l’économie sociale résulte d’un compromis institutionnel. Les lois sociales s’appuient le plus souvent sur les initiatives existantes, comme l’illustre le cas de la politique d’assistance publique pour laquelle l’État intègre les œuvres charitables dans un contexte marqué par les débats autour de la laïcité. Les associations peuvent même en devenir l’auxiliaire quand elles se font le relai de son action, à l’instar de la Ligue de l’enseignement pour l’école. 

L’économie sociale contribuant à l’intérêt général, l’État intervient dans ses circuits de financement (avances aux coopératives, placement des disponibilités et réserves des mutuelles dans des Caisses publiques et subventions aux associations) mais fixe en contrepartie des règles de non lucrativité dans ses statuts.  

L’apogée de l’économie sociale

L’économie sociale atteint son apogée pendant l’exposition universelle en 1900

Le Palais de l’économie sociale accueille 5 431 exposants. Le président de la République, Émile Loubet, y déclare que l’économie sociale est « l’effort pour perfectionner l’art de vivre en société ». 

L’économiste Charles Gide, théoricien de la coopération de consommation, en tire un rapport où il la définit à la fois comme une discipline académique, la « science de la justice sociale », et comme un ensemble d’organisations sociales qui recouvrent « tous les efforts pour élever la condition du peuple ». 

Infléchi vers un jacobinisme amendé, l’Etat articule le monopole de l’intérêt général et le pluralisme social, l’État reconnaît donc l’économie sociale, mais seulement éclatée entre plusieurs statuts incapables de former des contre-pouvoirs. Le morcellement de l’association générale en plusieurs sous-ensembles éclipse ensuite la notion d’économie sociale pendant quatre décennies. 

Bien que segmentées, ces différentes traditions perdurent et se normalisent. Initialement réservée à l’égard de l’organisation de la protection sociale par l’État, la mutualité s’y rallie à l’occasion des lois de 1928 et 1930 qui créent les Assurances sociales dont elle participe largement à la gestion.

C’est également l’État qui favorise le développement des coopératives de consommation pendant la Première Guerre mondiale, où elles sont particulièrement mobilisées pour la distribution alimentaire. On retrouve la coopération dans le domaine scolaire ou de l’habitat à bon marché, en lien avec l’ascension de l’État social.

La cour intérieure et le parc à charbon de la Coopérative régionale des Charentes et Deux-Sèvres de Saintes, fondée en 1912 (Photo années 1930)
La cour intérieure et le parc à charbon de la Coopérative régionale des Charentes et Deux-Sèvres de Saintes, fondée en 1912 (Photo années 1930)

La coopération se développe également dans le domaine bancaire pour mettre les paysans à l’abri de l’usure (Crédit mutuel en Alsace) ou permettre l’accès au crédit des artisans et des commerçants (Banques populaires). Elle répond aux crises agricoles, d’abord en prenant des formes syndicales pour développer des activités d’approvisionnement, de fabrication ou de commercialisation, avant que soit créé le statut de coopérative agricole. Elle est à l’origine du Crédit agricole, dont l’équivalent dans le domaine maritime est créé suite à la crise de la sardine.

La création de compte est possible uniquement pour les élus et salariés Macif (actuels et anciens).