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Histoire de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS)

Les origines de l'économie sociale et solidaire

L’émergence de l’économie sociale en France

  • 1791 à 1867

Alors que “l’associationnisme” est verrouillé à la fin du 18e s. par la loi Le Chapelier, de nouvelles formes de regroupements professionnels apparaissent au 19e s. Les sociétés de secours mutuel signent le début de l’économie sociale.

D’un bouleversement révolutionnaire à une résurgence

Portrait d’Isaac Le Chapelier
Portrait d’Isaac Le Chapelier

Tout commence en 1791. La loi Le Chapelier annonce qu’ « il n’y a plus de corporation dans l’État ; il n’y a plus que l’intérêt particulier de chaque individu, et l’intérêt général. »

Cette loi visait à mettre fin à la domination des guildes et corporations de l’Ancien Régime. Mais de fait, elle entraîne surtout l’interdiction des regroupements ouvriers, ce qui très rapidement entraîne un fort mécontentement.

Tout le XIXe siècle devient alors le terrain d’une recomposition de la société civile à l’ère libérale. Bien que la Loi Le Chapelier reste en vigueur (abolition en 1864), les corps intermédiaires se reconstituent peu à peu. 

Ils réapparaissent notamment :

  • sous la forme de sociétés de secours mutuels, héritées des anciennes confréries, 
  • ou sous la forme du compagnonnage.

Ces deux types d’organisation assurent des fonctions de secours, de sociabilité, de moralisation voire de résistance pour mener des actions pré-syndicales visant à négocier les tarifs. 

Le Devoir mutuel s’est ainsi montré très impliqué dans les insurrections des canuts lyonnais en 1831 et 1834.

Les premières formes coopératives

Deux organisations pré-coopératives sont créées dès 1834 : 

  • L’une, les Bijoutiers en doré, s’inspire des idées saint-simoniennes de Philippe Buchez pour constituer une association ouvrière de production à Paris. 
  • L’autre, une association ouvrière de consommation, le Commerce véridique et social, est fondée à Lyon par le fouriériste Michel Derrion. 

La Révolution de 1848 marque l’apogée des associations ouvrières avec la double reconnaissance du droit au travail et du droit d’association, même si elle fera long feu. La Commission du Luxembourg, présidée par Louis Blanc, est alors créée la même année pour préparer les réformes d’organisation du travail et soutenir les associations ouvrières, jusqu’aux répressions de juin.

Les sociétés approuvées

En 1852, sensible au paupérisme, soucieux de consolider son régime et convaincu des vertus mutualistes, Napoléon III imagine un système de « sociétés approuvées » qui incarne une solidarité philanthropique à distance des mouvements démocratiques. 

Ce système est mis en place pour réconcilier les classes sociales et moraliser les individus. En échange d’avantages financiers et logistiques, les présidents sont nommés par l’Empereur et les conseils d’administration sont composés de membres honoraires.

Frédéric Le Play (1806-1882), ingénieur et économiste français
Frédéric Le Play (1806-1882), ingénieur et économiste français


Malgré cette mise sous tutelle, deux tiers des sociétés sont dites « approuvées » à la fin du régime. La notion d’économie sociale est même reconnue à l’occasion d’un concours organisé par Frédéric Le Play pendant l’Exposition universelle de Paris en 1867, qui prime des initiatives patronales. 

La politique de Napoléon III à l’égard des coopératives est plus ambivalente, même après son tournant libéral. Si, d’un côté, il autorise les pratiques coopératives dans la loi du 24 juillet 1867 sur les sociétés commerciales, de l’autre, il continue de réprimer le mouvement ouvrier, comme l’année précédente lorsqu’il pousse le journal L’Association à l’autodissolution après quatre saisies.

La création de compte est possible uniquement pour les élus et salariés Macif (actuels et anciens).