Depuis le tournant des années 2010, le secteur de l’assurance dommages voit peser sur lui des contraintes fortes, liées notamment à de nouvelles directives européennes et à différents types de crises majeures (sanitaire, climatique et géopolitiques).
La solvabilité renforcée
La Loi Hamon
En 2015, les nouvelles dispositions légales introduites par la loi Hamon sur « la consommation » inquiètent les assureurs. Cette loi vise la baisse des tarifs par la stimulation de la concurrence en donnant aux consommateurs les moyens de la faire jouer et offre la possibilité de résilier le contrat à tout moment, après un an d’adhésion. Les assureurs craignent une hausse des coûts de gestion, un accroissement des frais de marketing et une possible fragilisation du modèle de mutualisation.
Des crises, des innovations et des défis
En 2019, la pandémie de la Covid-19 provoque une crise planétaire sans précédent, un choc multisectoriel extérieur à toute activité financière ou économique. Face à l’intensité de la secousse, les assureurs ne peuvent plus ignorer ce nouveau type de risque catastrophique, bien plus redoutable qu’un événement naturel ou une crise financière.
La crise sanitaire accélère les changements structurels des sociétés d’assurance et pose de nouveaux défis aux assureurs. Le travail à distance s’est imposé, la transformation numérique est boostée.
La profession développe, en un temps record, de nouveaux canaux de vente et de communication pour les assurés. Le marché reste solide malgré une sinistralité aggravée et des revenus en baisse… Le secteur des assurances fait preuve, une fois de plus, de résilience.
Le réchauffement climatique est une réalité
Le dérèglement climatique a des conséquences sur la nature : tempêtes, inondations et sécheresses se succèdent. Entre les années 1970 et 2010, le nombre de catastrophes naturelles est multiplié par 4, et le coût moyen qui leur est associé, par 2,2. La décennie 2010-2019 est aussi la plus chaude depuis 1880, début des relevés modernes. L’année 2019 se classe comme la deuxième année la plus chaude dans le monde, derrière 2016.
La recrudescence des catastrophes naturelles, d’intensité nouvelle, mais aussi la multiplication des petits sinistres climatiques, risquent de mettre à mal le modèle économique de l’assurance et donc sa capacité à remplir sa mission auprès de ses clients. Les conséquences du changement climatique apparaissent comme une priorité pour les assureurs dommages qui multiplient les études sur le sujet. Un poids plus important des aléas relevant du régime des catastrophes naturelles pose la question de la nécessaire adaptation de ce régime dans les années à venir. La profession s’interroge sur les moyens d’éviter une flambée des tarifs qui pourrait être, à terme, insoutenable pour les assurés.
L’irruption de la guerre en Europe
Le 24 février 2022, la Russie commence à envahir l’Ukraine ; c’est le début de la guerre. Des pertes humaines sont à déplorer et les répercussions sur l’économie mondiale sont quasi immédiates. Le risque d’une cyberattaque paralysant l’économie mondiale assombrit le tableau.
En parallèle, l’offensive a un impact sur l’industrie automobile et pétrolière française, ainsi que sur le pouvoir d’achat des particuliers. La flambée des prix de l’énergie freine la croissance économique de la zone euro, tout en portant l’inflation à un niveau historique (selon les prévisions de la Commission européenne).
S’ajoute une augmentation des frais de réparation automobile, en raison notamment de l’augmentation des coûts des pièces détachées due à l’intégration progressive de l’électronique dans la fabrication automobile.
Les réassureurs ne sont pas épargnés. SCOR et Swiss Ré annoncent des pertes après avoir constitué des réserves pour faire face aux conséquences du conflit. Celles-ci restent encore difficiles à déterminer. Les réassureurs s’attendent à devoir absorber les indemnités versées par les assureurs au titre des assurances contre les risques politiques, des assurances crédit ou encore des assurances spécialisées pour le transport maritime. Cette situation, particulièrement mouvante, accroît les risques financiers.